Activité 5 : Cybermalveillance & Aspects juridiques

Juridique CGU / RGPD Droit à l'oubli Cyberharcèlement Signalement
Compétences visées
  • Comprendre ce que signifie s'inscrire sur un réseau social d'un point de vue juridique (CGU, contrat)
  • Connaître ses droits : droit à l'oubli, RGPD, récupération des données
  • Identifier les différentes formes de cybermalveillance
  • Connaître les sanctions pénales du cyberharcèlement
  • Savoir réagir et signaler une situation de cyberviolence
Objectif de la séance

Comprendre le cadre légal qui régit l'utilisation des réseaux sociaux et savoir identifier, réagir et signaler toute forme de cybermalveillance.

? réfléchis
Questionnement

— Avez-vous déjà lu les conditions générales d'utilisation d'un réseau social avant de cliquer sur "J'accepte" ?

— Que se passerait-il si une photo embarrassante de vous apparaissait sur Google ?

— Avez-vous déjà été témoin ou victime d'une situation de cyberviolence ?

📊
Chiffres alarmants — Cyberharcèlement en France 2025
37%
des jeunes 6-18 ans victimes de harcèlement ou cyberharcèlement (e-Enfance/3018, oct. 2025)
23%
des enfants cyberharcelés en 2024, contre 18% en 2023 (+5 points en 1 an)
25%
des victimes ont déjà pensé à se faire du mal (39% chez les filles)
44%
des enfants cyberharcelés le sont via WhatsApp, 38% sur les réseaux sociaux

Partie 1 — S'inscrire sur un réseau social : un acte juridique

J'accepte ✓
Les CGU — Conditions Générales d'Utilisation : un contrat que personne ne lit

S'inscrire sur un réseau social, c'est signer un contrat : en cliquant sur "J'accepte", vous êtes légalement engagé par les Conditions Générales d'Utilisation (CGU).

L'artiste Dima Yarovinsky a réalisé en 2018 l'installation "I Agree" pour illustrer la longueur absurde de ces documents. Combien de temps faut-il pour les lire ?

📸 Instagram
86 min à lire — 17 000 mots
👻 Snapchat
64 min — 12 000 mots
🎵 TikTok
~56 min — 10 500 mots
📘 Facebook
~50 min — 9 000 mots
🐦 X (Twitter)
~35 min — 6 500 mots

Source : installation "I Agree" — Dima Yarovinsky (2018), données mises à jour 2024

⚖️ Âges légaux France 2025
Âges légaux pour les réseaux sociaux en France (2025)
-13
Moins de 13 ans : toute collecte de données est strictement interdite. Malgré cela, 67% des 8-10 ans sont inscrits sur les réseaux sociaux (e-Enfance 2024).
13-15
13 à 15 ans : inscription possible uniquement avec le consentement des deux parents. Les plateformes doivent vérifier l'âge via des solutions certifiées par l'État (Loi Marcangeli, 2023).
+15
À partir de 15 ans : inscription et consentement à la collecte de données en autonomie. Cela reste soumis au RGPD.
+18
Majorité numérique complète à 18 ans. En 2025, des propositions de loi visent à restreindre davantage l'accès des mineurs aux réseaux sociaux jusqu'à 18 ans.

Travail 1 — Analyser les CGU d'un réseau social

💡 Activité 1
Travail à faire

En acceptant les CGU d'Instagram, vous acceptez notamment (extrait simplifié) :

  • Qu'Instagram peut utiliser vos photos dans des publicités
  • Qu'Instagram peut partager vos données avec ses partenaires commerciaux
  • Que vos contenus publiés appartiennent toujours à vous, mais Instagram a une licence d'utilisation mondiale

Sur votre feuille : Ces clauses vous semblent-elles normales ? Lesquelles vous semblent abusives et pourquoi ?

Éléments de réponse

Clause potentiellement abusive : l'utilisation de vos photos dans des publicités sans rémunération ni accord explicite à chaque fois peut être considérée abusive.

Licence mondiale : même si vous êtes propriétaire de vos photos, Instagram peut les utiliser pour n'importe quel usage commercial dans le monde entier, gratuitement.

Protection : le RGPD encadre certaines de ces pratiques en Europe. Vous pouvez demander la suppression de vos données à tout moment (droit à l'oubli).

Partie 2 — Vos droits numériques : RGPD et droit à l'oubli

🔒 RGPD
Le RGPD — Vos 6 droits fondamentaux sur vos données personnelles

Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) est en vigueur dans toute l'Union Européenne depuis mai 2018. Il vous garantit :

  • 🔍 Droit d'accès : demander et télécharger toutes les données qu'une plateforme possède sur vous
  • ✏️ Droit de rectification : faire corriger des données inexactes vous concernant
  • 🗑️ Droit à l'effacement (droit à l'oubli) : demander la suppression de vos données
  • 🚫 Droit d'opposition : refuser certains usages de vos données (ex : publicité ciblée)
  • 📦 Droit à la portabilité : récupérer vos données dans un format réutilisable
  • ⏸️ Droit à la limitation : bloquer temporairement le traitement de vos données

👉 Vous pouvez télécharger toutes vos archives (publications, messages, photos) sur chaque réseau social via les paramètres → "Télécharger vos données"

🔎 déréférencement Droit à l'oubli
Le droit à l'oubli numérique — Ce que vous pouvez faire effacer

Instauré par la Cour de justice de l'UE en 2014, le droit à l'oubli numérique permet à chacun de demander le déréférencement de pages web contenant des informations portant atteinte à sa vie privée ou à sa réputation.

Une fois déréférencées, les pages ne sont plus accessibles via les moteurs de recherche (Google, Bing…) même si elles existent toujours sur le site d'origine.

Comment en faire la demande ?

  • Utiliser le formulaire de déréférencement disponible sur Google (search.google.com/search-console)
  • Justifier de son identité et du motif de la demande
  • En cas de refus ou difficulté : saisir la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés)

E-réputation : ce que l'on trouve sur vous en tapant votre nom sur Google s'appelle votre e-réputation. Elle peut impacter votre vie professionnelle et personnelle.

Travail 2 — Exercer ses droits numériques

🔎 E-réputation Activité
Travail à faire

Situation : Léa, 16 ans, a posté une photo embarrassante lors d'une soirée il y a 2 ans. Cette photo est indexée sur Google et peut être vue par n'importe qui, y compris ses futurs employeurs.

Répondez sur votre feuille :

  • Quels droits peut-elle invoquer ?
  • Quelles démarches doit-elle suivre ?
  • Qui peut l'aider si les plateformes ne répondent pas ?
Correction

Droits invocables : Droit à l'effacement (RGPD) + Droit à l'oubli numérique (CJUE 2014).

Démarches :

  • 1. Contacter directement le réseau social pour supprimer la photo
  • 2. Utiliser le formulaire de déréférencement Google
  • 3. En cas d'échec : saisir la CNIL (cnil.fr)
  • 4. Si c'est une photo partagée par quelqu'un d'autre sans accord : plainte pour atteinte à la vie privée

Aide disponible : CNIL, 3018 (cyberharcèlement), cybermalveillance.gouv.fr

Partie 3 — La cyberviolence : formes, loi et sanctions

⚠️ Cyberviolence formes multiples
Les différentes formes de cybermalveillance

La cyberviolence désigne le harcèlement et toutes les violences commises à l'aide d'outils numériques. Elle se caractérise par son amplification via internet, qui agit comme une caisse de résonance.

  • 🖼️ Détournement de photo / deepfake : manipulation d'images pour humilier
  • 📹 Vidéo humiliante : partage sans consentement de vidéos compromettantes
  • 💬 Insultes et menaces : messages haineux répétés par messages privés ou commentaires
  • 📢 Propagation de rumeurs : fausses informations diffusées massivement
  • 🔒 Usurpation d'identité : création d'un faux profil au nom d'une autre personne
  • 📸 Sexting non consenti (revenge porn) : partage d'images intimes sans accord — délit pénal depuis 2016
  • 🎮 Happy slapping : filmer une agression physique et la diffuser en ligne
  • 🚫 Exclusion répétée : isoler délibérément quelqu'un des groupes et discussions

On parle de cyberharcèlement lorsque ces actes sont répétés (article 222-33-2-2 du Code pénal).

⚖️ Code pénal Art. 222-33-2-2
Les sanctions pénales — Ce que dit la loi en 2025

📜 Article 222-33-2-2 du Code pénal — Cyberharcèlement

Le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale est puni de :

  • 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende (cas général)
  • 2 ans et 30 000 € si la victime est mineure ou vulnérable
  • 3 ans et 45 000 € si les faits ont conduit la victime à se suicider ou le tenter

📜 Autres infractions numériques courantes

  • Revenge porn (partage d'image intime sans accord) : jusqu'à 2 ans et 60 000 €
  • Usurpation d'identité numérique : jusqu'à 1 an et 15 000 €
  • Diffamation en ligne : jusqu'à 12 000 € d'amende
  • Incitation à la haine (propos racistes, homophobes…) : jusqu'à 1 an et 45 000 €

🔴 Attention : même les mineurs peuvent être poursuivis pénalement. À partir de 13 ans, la responsabilité pénale peut être engagée.

Travail 3 — Qualifier juridiquement des situations

📋 Scénarios Qualification
Pour chaque situation, dites si c'est légal, un délit civil ou un délit pénal
Situation 1
Lucas partage sur son story Snapchat une photo de sa camarade prise à son insu dans les vestiaires.
Situation 2
Emma publie un commentaire négatif sur le restaurant de son voisin en inventant qu'elle y a trouvé un cafard.
Situation 3
Hugo poste une critique (vraie) et argumentée d'un film qu'il a détesté sur Letterboxd.
Situation 4
Un groupe de lycéens crée un faux compte Instagram au nom d'une camarade et publie des contenus humiliants en son nom depuis 3 semaines.

Situation 1 : Atteinte à la vie privée + photo sans consentement + diffusion = jusqu'à 2 ans et 60 000 € (revenge porn aggravé si caractère sexuel).

Situation 2 : Diffamation en ligne (fausses informations portant atteinte à la réputation) = jusqu'à 12 000 € d'amende. Elle peut aussi engager sa responsabilité civile.

Situation 3 : Liberté d'expression protégée, tant que la critique est basée sur des faits avérés et non sur une invention.

Situation 4 : Double infraction : cyberharcèlement répété (art. 222-33-2-2) + usurpation d'identité numérique — jusqu'à 2 ans et 30 000 € en tant que mineure victime.

Partie 4 — Comment réagir face à la cybermalveillance ?

🛡️ Réagir étape par étape
Les 4 réflexes à avoir en cas de cybermalveillance
1
Ne pas répondre
Ne jamais répondre aux attaques : cela amplifie le phénomène et vous expose davantage.
2
Conserver les preuves
Faire des captures d'écran datées, noter les URL, enregistrer les messages.
3
Signaler et bloquer
Signaler le contenu sur la plateforme (Instagram, Snapchat…) et bloquer l'auteur.
4
En parler et porter plainte
Alerter un adulte de confiance. Si grave : porter plainte à la police ou gendarmerie.
📡 Signalement
Les plateformes de signalement officielles en France
3018
Numéro national cyberharcèlement — Gratuit, anonyme, 7j/7
(e-Enfance)
PHAROS
Signalement de contenus illicites en ligne
internet-signalement.gouv.fr
CNIL
Protection des données personnelles
cnil.fr — Plainte en ligne
CYB.
cybermalveillance.gouv.fr — Assistance aux victimes d'actes malveillants

⚠️ Les plateformes (Instagram, Snapchat, WhatsApp) ont l'obligation légale de traiter les signalements et peuvent supprimer les contenus et bannir les auteurs dans un délai de 24h pour les contenus les plus graves.

Exercices — Vérifie tes connaissances

EXO 1 CGU & Droits Facile
Exercice 1 — CGU et droits numériques

Q1 — Combien de temps faut-il pour lire les CGU d'Instagram ?


Q2 — En France, à partir de quel âge peut-on s'inscrire seul sur un réseau social ?


Q3 — Le droit à l'oubli numérique permet de :

EXO 2 Cyberharcèlement Intermédiaire
Exercice 2 — Cyberharcèlement et sanctions

Q1 — En 2025, quel pourcentage des jeunes de 6-18 ans sont victimes de harcèlement ou cyberharcèlement ? (e-Enfance/3018)


Q2 — Le cyberharcèlement peut être puni de :


Q3 — La principale plateforme par laquelle se produit le cyberharcèlement en France est :

EXO 3 Signalement Avancé
Exercice 3 — Réagir face à la cyberviolence

Q1 — Quel est le numéro national gratuit pour les victimes de cyberharcèlement ?


Q2 — Quelle doit être la première réaction face au cyberharcèlement ?


Q3 — La plateforme PHAROS (internet-signalement.gouv.fr) permet de :

Le 3018 est le numéro national de référence contre le cyberharcèlement, géré par l'association e-Enfance. Il est gratuit, confidentiel et accessible 7j/7. PHAROS (Plateforme d'Harmonisation, d'Analyse, de Recoupement et d'Orientation des Signalements) transmet vos signalements directement aux services de police et de gendarmerie. Ne jamais répondre aux harceleurs car cela les encourage et peut vous mettre en tort légalement.

Ma synthèse

Synthèse CGU / RGPD Droits numériques Cyberviolence
Fiche de structuration des connaissances — Cybermalveillance & Aspects juridiques 2025
Notion Définition / Chiffre clé 2025
CGU Contrat à accepter pour s'inscrire. Instagram : 86 min de lecture (17 000 mots).
Âges légaux (France) -13 ans : interdit. 13-15 ans : accord parental obligatoire. +15 ans : autonome.
RGPD 6 droits : accès, rectification, effacement, opposition, portabilité, limitation.
Droit à l'oubli Déréférencement de pages Google portant atteinte à la vie privée. Instauré par la CJUE en 2014.
Cyberharcèlement Actes de cyberviolence répétés. Touche 37% des 6-18 ans (e-Enfance oct. 2025). Puni jusqu'à 3 ans et 45 000 €.
Signalement 3018 (cyberharcèlement), PHAROS (contenus illicites), CNIL (données), cybermalveillance.gouv.fr
E-réputation Ce que Google affiche sur vous. Peut impacter votre vie pro. Protégée par le droit à l'oubli.